Biographie :
Wilhelm Steinitz (14 mai 1836 à Prague, Empire d'Autriche - 12 août 1900 à New York) est un joueur d'échecs autrichien naturalisé américain en 1888 (à cette occasion il changera officiellement son prénom en William). Il est le premier champion du monde officiel des échecs. Il a, le premier, étudié scientifiquement le jeu d'échecs pour en dégager les règles de stratégie. À ce titre, il est considéré comme le père des échecs modernes.
Il a approfondi les thèses de Philidor quant aux pions et leur structure. Il en vint à considérer le jeu d'échecs comme une activité se prêtant à une étude scientifique. Se basant sur ses études, il devint un spécialiste des gains de pions qu'il transformait en victoire en finale.
Surnommé le Morphy autrichien au début de sa carrière, en raison de ses combinaisons brillantes, son apparition sur la scène échiquéenne en Europe remonte au début des années 1860. Il battit en 1866 l'Allemand Adolf Anderssen (8+ 6-). Il est alors considéré comme le meilleur joueur du monde (après la retraite de Paul Morphy en 1860) même si sa supériorité n'est pas incontestable. Sa victoire à Vienne en 1873 et son succès écrasant contre Joseph Henry Blackburne par 7 victoires à 0 (sans nulle) en 1874 affirment clairement sa suprématie, notamment sur Anderssen. Il s'expatria aux États-Unis en 1883 pour y fonder le magazine The International Chess Magazine. Pendant plusieurs années, il y exposa le fruit de ses recherches. Malgré une rigueur certaine, il fit des affirmations que l'expérience réfuta. Par exemple, il considérait le roi comme étant une pièce offensive puissante. Aujourd'hui, cette affirmation est contestée.
Il fut le premier champion du monde officiel d'échecs en 1886 en battant Johannes Zukertort par 10 victoires à 5 (et 5 nulles). À cette époque, le champion choisissait son challenger et un match en plusieurs parties avait lieu. Il battit deux fois le Russe Mikhail Tchigorine : 10 victoires à 7 et 1 nulle en 1889 et 10 victoires à 8 et 4 nulles en 1892. Entre-temps, il avait battu le Hongrois Isidor Gunsberg. Il perdit son titre en 1894 face à Emanuel Lasker par 5 victoires à 10 et 4 nulles et le match revanche fut une défaite écrasante pour l'ancien champion du monde.
Les derniers tournois disputés virent le déclin de plus en plus marquant de Steinitz au fil des années. Il était capable de remporter des victoires brillantes, fruit de l'application de sa conception du jeu, mais les forces physiques lui faisaient de plus en plus défaut. Ainsi lors du tournoi de Londres en 1899, il finit pour la première fois de sa vie hors de la liste des récompensés. Il repartit pour New York où il erra dans les jardins de la ville et mourut dans la plus grande pauvreté.
Père de la statégie moderne :
Son étude et son jeu marquèrent la fin du style du jeu « attaque à outrance » qui ne respectait pas les règles stratégiques saines. Si le mat était le but final, il n'était pas le seul de la partie. Steinitz a théorisé tout un système de jeu, rassemblant un ensemble de critères pour évaluer une position et ainsi définir les objectifs, le plan à adopter, etc. L'attaque n'était plus seulement le fruit d'une inspiration brillante mais aussi la motivation pour exploiter les faiblesses de la position de l'adversaire. Son jeu défensif était souvent supérieur à celui des joueurs qui recherchaient activement une attaque de mat flamboyante. Steinitz était cependant capable de combinaisons géniales comme le montre sa partie contre Von Bardeleben en 1895.
Steinitz laissa également son nom à plusieurs variantes d'ouvertures. Dans la partie espagnole : 1.e4 e5 2.Cf3 Cc6 3.Fb5 d6 et 1.e4 e5 2.Cf3 Cc6 3.Fb5 a6 4.Fa4 d6 (défense Steinitz différée). Dans la défense française 1.e4 e6 2.d4 d5 3.Cc3 Cf6 4.e5 Cfd7. Il a même laissé son nom à un gambit réputé douteux dans la partie viennoise : 1.e4 e5 2.Cc3 Cc6 3.f4 exf4 4.d4 ?! Dh4+ 5.Re2 dans lequel il estime que le roi peut se défendre lui-même pourvu que les Blancs conservent leur suprématie centrale.
Partie commentée :
Wilhelm Steinitz - Curt von Bardeleben
Hastings, 17 août 1895
Partie italienne
1. e4 e5 2. Cf3 Cc6 3. Fc4 Fc5 4. c3 Cf6 5. d4 exd4
Un vieux sacrifice de pion dû à Greco le Calabrais, un des premiers joueurs d'échecs dont l'histoire a retenu le nom. D'après la théorie moderne, les blancs ne peuvent qu'obtenir la nullité si le jeu est bien mené de part et d'autre.
6. cxd4 Fb4+ 7. Cc3 d5
Bardeleben refuse le gambit. Une série de prises s'ensuit.
8. exd5 Cxd5 9. 0-0 Fe6 10. Fg5 Fe7 11. Fxd5 Fxd5 12. Cxd5 Dxd5 13. Fxe7 Cxe7 14. Te1 f6 15. De2 Dd7
Steinitz est réputé pour affirmer que le roi est une pièce puissante. En conséquence, le joueur doit le maintenir prêt à entrer en activité le plus tôt possible. On pourrait croire que c'est Steinitz qui a les noirs, puisqu'ils n'ont pas encore roqué.
16. Tac1 c6?
16. ... Rf7, suivi de Cd5 était la meilleure suite. Les noirs redoutaient probablement un sacrifice de qualité : 17. Dxe7+ Dxe7 18. Txe7+ Rxe7 19. Txc7+ Rd6 20. Txg7, mais cela ne mène pas au succès, car les noirs menacent un mat en continuant par 20. ...The8 et 21. ... Te7.
17. d5!!
Ce sacrifice de pion positionnel libère une case pour le cavalier et prépare l'une des plus belles combinaisons de l'histoire des échecs.
17. ... cxd5 18. Cd4 Rf7 19. Ce6 Thc8 20. Dg4 g6 21. Cg5+ Re8
22. Txe7+!!
À première vue, ce sacrifice est quelconque, car la dame ne peut prendre la tour à cause de Txc8+. Cependant, ce sacrifice est magnifique, car Steinitz devait tenir compte de...
22. ... Rf8
... qui menace un mat sur c1, pendant que Dg4 et Te7 sont en prise. Comment réfuter cette triple menace ?
23. Tf7+!! Rg8
La tour est toujours tabou, mais la triple menace subsiste.
24. Tg7+!!
Après 24. ... Rf8 25. Cxh7+ décide de l'issue de la partie. Pour cette raison, les noirs abandonnèrent.[1][2]
Si les noirs avaient mis au défi Steinitz de gagner la partie, voici comment il concluait : 24. ... Rh8 25. Txh7+ Rg8 26. Tg7+! Rh8 27. Dh4+!! Rxg7 28. Dh7+ Rf8 29. Dh8+ Re7 30. Dg7+ Re8 31. Dg8+ Re7 32. Df7+ Rd8 33. Df8+ de8 34. Cf7+ Rd7 35 Dd6 mat.
source wikipédia